Depuis plusieurs années, l’insécurité ne cesse de gagner du terrain en Haïti. Alors que la majorité de la population vit dans la peur et devient victime des violences des gangs armés, certains secteurs, en Haïti comme à l’étranger, semblent tirer profit de cette situation.
Pour de nombreux observateurs, l’insécurité s’apparente aujourd’hui à un véritable marché où circulent d’importantes sommes d’argent.
Haïti n’est pas un pays qui fabrique des armes. Pourtant, à mesure que la violence augmente, les ventes d’armes et de munitions ne cessent de croître. Police, armée, citoyens, groupes d’autodéfense et gangs armés cherchent tous à se procurer des armes pour se protéger ou pour imposer leur force.
Selon certaines informations, une arme vendue environ 500 dollars aux États-Unis peut être revendue en Haïti entre 2 000 et 5 000 dollars. Des réseaux impliquant notamment des ressortissants haïtiens installés dans l’État de Floride seraient actifs dans ce commerce. Pour les fabricants et trafiquants d’armes, la crise haïtienne représente ainsi un marché particulièrement lucratif.
La montée de l’insécurité entraîne également une forte demande en équipements de sécurité. Véhicules blindés, gilets pare-balles, munitions et matériels spécialisés sont de plus en plus sollicités par les institutions publiques, les entreprises et certains particuliers. Les compagnies qui vendent ou louent ces équipements voient ainsi leurs activités se développer au rythme de la crise sécuritaire.
Les autorités haïtiennes recourent également à des technologies militaires plus sophistiquées. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a entrepris l’acquisition de drones kamikazes destinés à mener des opérations contre les groupes armés. Par ailleurs, l’État haïtien a signé un important contrat avec l’ancien militaire américain Erik Prince, fondateur de la société de sécurité privée Blackwater, afin de soutenir les efforts visant à neutraliser les chefs de gangs. Toutefois, malgré ces initiatives et les moyens mobilisés, aucun chef de gang majeur n’a encore été officiellement annoncé comme éliminé.
Depuis le 25 juin 2024, une mission internationale dirigée par le Kenya est déployée en Haïti pour soutenir les autorités dans la lutte contre les gangs armés. Cette mission mobilise des centaines de policiers étrangers et nécessite d’importants moyens logistiques et financiers. Pour certains analystes, cette présence internationale représente également un flux financier considérable lié directement à la crise sécuritaire que traverse le pays.
À l’intérieur même d’Haïti, plusieurs activités économiques se développent autour de cette insécurité. Dans certaines zones où la circulation routière devient risquée ou impossible, le transport maritime de marchandises entre Port-au-Prince, Petit-Goâve ou Miragoâne prend de l’ampleur. Des opérateurs économiques assurent ce transport et génèrent des revenus importants dans ce contexte particulier.
Dans les quartiers considérés comme relativement sûrs, la demande de logements augmente fortement. Cette situation entraîne une hausse notable des loyers, aussi bien dans la capitale que dans certaines villes de province. Les propriétaires profitent de cette forte demande pour augmenter les prix des locations.
L’insécurité favorise également les activités liées à la construction et à la protection des habitations. Dans plusieurs quartiers, les murs de clôture deviennent plus hauts, les barrières plus solides et les dispositifs de sécurité plus nombreux. Maçons, ferronniers et entreprises de construction trouvent ainsi de nouvelles opportunités économiques dans ce climat d’insécurité.
La crise sécuritaire influence également le transport aérien à l’intérieur du pays. Avec les difficultés de circulation sur certaines routes, une compagnie aérienne assure une grande partie des vols commerciaux entre Port-au-Prince, Cap-Haïtien et Les Cayes. Dans certains cas, le prix d’un billet entre Port-au-Prince et Les Cayes peut atteindre environ 280 dollars américains, alors même que les places deviennent parfois difficiles à trouver.
Parallèlement, certains acteurs du secteur privé investissent dans des hélicoptères pour offrir des services de transport rapide, souvent assimilés à des taxis aériens. Ces déplacements, utilisés par des particuliers ou des responsables économiques, coûtent également des sommes importantes.
Par ailleurs, face aux risques sur certaines routes contrôlées par des groupes armés, les chauffeurs de transport public augmentent souvent les tarifs en répercutant les coûts supplémentaires sur les passagers. Cette réalité illustre comment la crise sécuritaire influence directement la vie économique et le coût de la vie pour la population.
Au fil du temps, l’insécurité semble ainsi avoir créé une véritable économie parallèle dans laquelle plusieurs acteurs trouvent des avantages financiers, pendant que la majorité de la population continue d’en subir les conséquences.
Cette situation soulève une question importante : mettre fin à l’insécurité reviendrait-il aussi à perturber des intérêts économiques qui se sont développés autour de cette crise ? Pour de nombreux citoyens, cette réflexion invite à s’interroger sur les mécanismes économiques qui se nourrissent de la crise et sur la nécessité de replacer l’intérêt collectif au centre des priorités nationales.
