Par Elie Fleurimont
Depuis près de trois semaines, des milliers d’ouvriers du secteur textile en Haïti poursuivent leur mobilisation dans les rues de Port-au-Prince pour exiger une augmentation substantielle du salaire minimum, dans un contexte marqué par une hausse généralisée du coût de la vie.
À l’appel de plusieurs organisations syndicales, dont le Syndicat des travailleurs du secteur textile et de la confection (SOTA), la Centrale nationale des ouvriers haïtiens (CNOHA) et le mouvement Batay Ouvriye, les manifestants réclament un ajustement du salaire journalier à hauteur de 3 000 gourdes, soit environ 23 dollars américains. Une revendication qui contraste fortement avec le salaire actuel fixé à 685 gourdes (environ 5,65 dollars) pour une journée de huit heures de travail.
Dans les cortèges, pancartes et slogans traduisent un profond ras-le-bol : « A ba lavi chè », « 3 000 gourdes de salaire minimum », ou encore « Nous ne pouvons pas vivre avec ce salaire ». Pour ces travailleurs, la situation économique est devenue intenable.
Le prix du carburant, des produits alimentaires, du transport et des loyers a connu une augmentation significative ces derniers mois, réduisant considérablement leur pouvoir d’achat.
« Avec ce que nous gagnons, il est impossible de couvrir ne serait-ce que les frais de transport et de nourriture pour une journée de travail », confient plusieurs manifestants. Beaucoup dénoncent également l’absence de mesures d’accompagnement social, telles que des subventions pour le logement, l’éducation ou encore les produits de première nécessité.
Le mouvement de protestation, amorcé à la mi-avril, s’inscrit dans un climat déjà tendu. Outre les revendications salariales, les ouvriers pointent du doigt l’insécurité persistante qui affecte le pays, dénonçant ce qu’ils qualifient de « climat d’insécurité programmé » et des liens supposés entre certaines autorités et des groupes armés.
La majorité des manifestants travaillent dans le Parc industriel métropolitain, plus connu sous le nom de SONAPI, au cœur de Port-au-Prince. Ce pôle industriel, orienté vers l’exportation, emploie des milliers d’ouvriers dans des conditions souvent jugées précaires.
Malgré l’ampleur de la mobilisation, les autorités haïtiennes n’ont, jusqu’à présent, apporté aucune réponse concrète aux revendications des travailleurs. Le dernier ajustement du salaire minimum remonte à février 2022, sans qu’aucune mesure significative n’ait été adoptée depuis pour faire face à l’inflation et à la dégradation continue des conditions de vie.
Dans un pays confronté à une crise multidimensionnelle, marquée notamment par l’insécurité et la fragilité économique, la question du salaire minimum s’impose désormais comme un enjeu social majeur. Les ouvriers, eux, promettent de maintenir la pression jusqu’à l’obtention de réponses concrètes.
