Politique : bras de fer au sommet de l’État, le Premier ministre s’impose malgré la contestation de cinq conseillers du CPT ?
Depuis le mercredi 21 janvier 2026, la scène politique haïtienne traverse une période de fortes turbulences, marquée par des décisions controversées, des prises de position divergentes au sommet de l’État et un soutien international clairement pencher en faveur du Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé.
Ce jour-là, cinq membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ont annoncé l’adoption d’une résolution visant à révoquer le chef du gouvernement. Une initiative qui, loin d’affaiblir le Premier ministre, a plutôt donné l’impression de renforcer son assise politique et institutionnelle.
Malgré les pressions exercées par les cinq conseillers-présidents signataires, la résolution annoncée n’a produit aucun effet tangible.
Une conférence de presse tenue le vendredi 23 janvier 2026 à la Villa d’Accueil par les cinq CP, censée clarifier la situation, n’a pas modifié l’équilibre du pouvoir.
Aux yeux de nombreux observateurs, cette sortie médiatique a surtout mis en évidence l’absence de leviers institutionnels réels permettant aux signataires d’imposer leur décision.
Lors de la cérémonie de graduation de la 35e promotion de la Police Nationale d’Haïti (PNH), le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a réaffirmé, dans son discours officiel, sa détermination à lutter contre les gangs armés et l’insécurité généralisée qui gangrènent le pays.
Dans le même temps, le coordonnateur du CPT a déclaré que la majorité ne se résume pas à « un, deux, trois, quatre ou cinq individus », mais qu’elle réside dans la population. Des propos qui traduisent un profond désaccord et révèlent une fracture manifeste au plus haut niveau de l’État.
Les jours suivants ont été marqués par une succession de visites institutionnelles à forte portée politique :
Dimanche 25 janvier, le président du CPT, accompagné du Premier ministre et du Directeur général de la PNH, Vladimir Paraison, a effectué une visite à la Direction Départementale de l’Ouest (DDO). Aucun autre membre du CPT n’était présent.
Lundi 26 janvier, le coordonnateur du CPT et le Premier ministre se sont rendus ensemble au quartier général des Forces armées d’Haïti FAD’H, au Champ-de-Mars.
Mardi 27 janvier, le président du CPT, Laurent Sincyr, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé ont visité la base principale de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS).
Il convient de souligner que le Directeur général de la PNH, Vladimir Paraison, était présent lors de l’ensemble de ces visites, renforçant l’image d’un axe sécuritaire solidement structuré autour du chef du gouvernement.
Pourquoi ces visites institutionnelles successives ? S’inscrivent-elles dans une stratégie visant à libérer le pays de l’emprise des gangs armés ou relèvent-elles d’une manœuvre politique destinée à consolider le pouvoir du Premier ministre ?
Parallèlement, le soutien affiché de la communauté internationale envers le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé continue d’alimenter débats et interprétations. Pour plusieurs analystes, cet appui jouerait un rôle déterminant dans le maintien du Premier ministre à la tête du gouvernement, malgré les contestations internes au CPT.
Face à cette situation, de nombreuses interrogations émergent au sein de l’opinion publique :
Haïti est-elle en train de basculer vers un gouvernement biséphale ?
Assiste-t-on à un coup d’État institutionnel ou à une simple reconfiguration du pouvoir exécutif ?
Que faut-il réellement attendre du 7 février, date hautement symbolique dans l’histoire politique du pays ?
Si certains estiment que le Premier ministre conservera la direction effective de l’État, d’autres évoquent la possibilité d’une transition différente, voire l’émergence d’une figure issue de la Cour de cassation.
Dans ce climat d’incertitude, la population haïtienne demeure dans l’expectative, observant attentivement les mouvements au sommet de l’État, en quête de stabilité, de sécurité et de réponses concrètes à la crise multidimensionnelle qui secoue le pays.
Rédaction : Radyo Tele Pwofondè Ayiti (RTPA)
