Par Elie Fleurimont
Port-au-Prince, mars 2026 — La situation sécuritaire en Haïti atteint un niveau critique. Dans un rapport publié le 24 mars 2026, le Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights (OHCHR) révèle que 5 519 personnes ont été tuées entre janvier 2025 et mars 2026, dans un contexte marqué par la violence des gangs et des opérations de sécurité.
Selon les données recueillies par les experts des Nations unies, 2 608 personnes ont également été blessées durant la même période. Ces chiffres illustrent une crise profonde qui ne cesse de s’aggraver, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, où plusieurs quartiers restent sous le contrôle ou sous l’influence de groupes armés. Près d’un quart de la population haïtienne vivrait aujourd’hui dans des zones dominées par ces groupes.
Le rapport met en lumière un élément particulièrement préoccupant : plus de 60 % des personnes tuées l’ont été lors d’opérations impliquant les forces de sécurité ou dans des affrontements avec des unités appuyées par des moyens lourds, comme des drones. Les gangs seraient responsables d’environ 27 % des décès, tandis que le reste est attribué à des groupes d’autodéfense ou à d’autres acteurs armés. Cette réalité soulève de sérieuses interrogations sur l’impact des stratégies sécuritaires actuelles sur la population civile.
Les civils restent les premières victimes de cette violence. Le rapport fait état de 51 enfants tués et 38 blessés, souvent atteints par des balles perdues ou lors d’opérations menées dans des zones habitées. La situation est également marquée par une hausse inquiétante des violences sexuelles. Au moins 1 578 cas de viol ont été recensés, dont 165 impliquant des enfants, des actes utilisés par les groupes armés pour terroriser et contrôler les populations.
Par ailleurs, la prolifération des armes illégales constitue un facteur aggravant majeur. Environ 90 % des homicides sont commis avec des armes à feu, principalement introduites clandestinement dans le pays, alimentant ainsi la puissance des gangs et la spirale de violence.
Face à cette situation, le Office of the United Nations High Commissioner for Human Rights appelle à des mesures urgentes pour protéger les civils, encadrer les opérations de sécurité et lutter contre le trafic d’armes. Le rapport dénonce également le manque d’enquêtes sur certains abus, ce qui renforce le sentiment d’impunité.
Au-delà des chiffres, ce document met en évidence une crise complexe où la population haïtienne se retrouve prise au piège entre gangs, forces de sécurité et autres groupes armés. Sans une réponse coordonnée et efficace, respectueuse des droits humains, la situation risque de continuer à se détériorer dans les mois à venir.
