Par Délice Delson
Comment comprendre qu’un État haïtien ait déboursé plus de 50 millions de dollars américains au profit d’une compagnie de sécurité, alors même que les gangs armés continuent de massacrer la population ? À quoi bon engager une telle somme si, dans les faits, les violences ne peuvent être stoppées ?
En effet, les autorités haïtiennes ont fait appel à une firme de sécurité américaine dirigée par Éric Prince, ancien militaire. Ce contrat, largement controversé, a suscité de vifs débats au sein de la société haïtienne. Depuis sa signature, les opérations menées — notamment l’utilisation de drones dits « kamikazes » — n’ont, selon plusieurs observateurs, permis de neutraliser aucun des chefs de gangs les plus influents. Une situation qui pousse de nombreux citoyens avertis à s’interroger sur les véritables objectifs de cette collaboration.
Par ailleurs, la durée du contrat, qui pourrait s’étendre jusqu’à dix ans, soulève des inquiétudes. Plusieurs spécialistes jugent cet engagement anormalement long et questionnent les conditions dans lesquelles un tel accord a été conclu. Comment un contrat d’une telle ampleur a-t-il pu être signé pour une période aussi étendue, sans garanties de résultats tangibles ?
Dès lors, une interrogation majeure s’impose : ces intervenants sont-ils réellement mandatés pour combattre efficacement les gangs, alors même que leur présence semble s’inscrire dans la durée ? À ce jour, ces questions demeurent sans réponses claires.
Pendant ce temps, la situation sur le terrain continue de se dégrader. Dans le département de l’Artibonite, des gangs armés ont récemment massacré plus d’une centaine de familles, tuant, brûlant et pillant leurs habitations. Ces exactions se produisent alors que l’État continue de financer, à hauteur de dizaines de millions de dollars, une structure dont les actions peinent à produire des résultats concrets.
Face à ce constat, une partie de la société haïtienne s’interroge sur la véritable mission du gouvernement intérimaire, censé rétablir la sécurité et organiser des élections afin de doter le pays de dirigeants légitimes.
Selon plusieurs observateurs, l’ouverture d’une enquête sérieuse s’impose afin de faire toute la lumière sur les zones d’ombre entourant ce contrat, dont les modalités et les résultats apparaissent, à bien des égards, préoccupants.
