À la uneEn vedetteOpinionPolitiquesSociété

RTPA — Éditorial | 4 février 2026 Des ministères remplis de militants politiques sans compétence, pendant que les jeunes diplômés restent au chômage

Patager sur :

En Haïti, l’exclusion des jeunes professionnels des institutions publiques est devenue une norme dangereuse. Malgré plus de 17 années d’études, classiques, universitaires ou professionnelles, des milliers de jeunes diplômés ne trouvent aucune place dans l’administration de l’État. Faute d’opportunités, beaucoup sont contraints à l’exil, souvent au prix de grandes humiliations.

Nombre d’entre eux traversent la frontière vers la République dominicaine, où ils subissent des traitements dégradants de la part des services d’immigration.
D’autres risquent leur vie en mer à bord d’embarcations de fortune. Pendant ce temps, certains jeunes hommes, restés au pays, n’ont d’autre choix que de conduire des motos-taxis, mettant leur vie en danger chaque jour. Plus grave encore, certaines jeunes femmes, pourtant formées et qualifiées, se voient contraintes de se livrer au travail du sexe pour survivre. Une réalité choquante dans un pays où le travail est un droit fondamental.

Parallèlement, les ministères et institutions publiques sont largement occupés par des militants politiques, recrutés non pour leurs compétences, mais pour leur loyauté. Les critères de mérite, de professionnalisme et de service public sont sacrifiés au profit de l’appartenance politique. Ces recrutements ne visent ni l’efficacité ni l’amélioration des services publics, mais la consolidation d’intérêts partisans.

Ces militants deviennent souvent une armée silencieuse, chargée d’applaudir les ministres et directeurs généraux, de défendre leurs décisions et d’étouffer toute critique, même en l’absence de résultats concrets. L’administration publique se transforme alors en un espace de propagande plutôt qu’en un outil au service de la population.

Paradoxalement, plusieurs hauts responsables de l’État, disposant d’institutions privées prospères, continuent de faire travailler de jeunes professionnels compétents pour des salaires dérisoires, insuffisants pour répondre aux besoins essentiels.
Ce constat illustre le choix délibéré de privilégier la loyauté politique et l’intérêt personnel au détriment de la compétence nationale.

Cette situation alimente une frustration profonde et dangereuse. Une jeunesse formée mais exclue constitue une véritable bombe sociale à retardement. Dans un contexte marqué par l’absence de l’État, l’insécurité et la manipulation politique, cette exclusion accélère l’effondrement des institutions et la perte de confiance collective.

Il est urgent de rompre avec ce cercle vicieux. L’avenir d’Haïti dépend de sa jeunesse. Former, intégrer et responsabiliser les jeunes professionnels n’est pas un luxe, mais une nécessité absolue pour reconstruire l’État, restaurer la dignité du travail et bâtir une société juste, moderne et durable.

Radyo tele Pwofondè Ayiti RTPA

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *